La musique brésilienne est complexe et vaste, un art où les frontières des styles et des courants sont difficiles à discerner pour le néophyte que je suis. Cet article ne saurait être une liste exhaustive des styles et décrire la totalité de la musique brésilienne, dont l’histoire, les pensées, les influences et les techniques musicales sont hors de ma portée. C’est juste une simple évocation sur le samba, synthèse des témoignages que j’ai recueillis et des impressions que j’ai ressenties au cours de notre voyage.
En introduction, je vais vous raconter ma première rencontre avec le samba. Au détour d’une rue un peu glauque de Pedra do Sal à Rio, nous rejoignons une place où Renata, responsable de Terr’Ativa, nous a proposé d’aller. Histoire d’assister à une roda de samba. Quand on me dit samba, je pense évidemment aux quelques images du carnaval de Rio qui traînent dans ma mémoire : les tenues très légères mais riches en couleurs, les déhanchements rapides des bassins, l’armée de percussionnistes éclatant les tympans et ce rythme entraînant, qui vous prend tout entier. Des images que je partage probablement avec vous.
C’est un spectacle complètement différent qui s’est joué sous mes yeux : près d’un simple bar de rue, une dizaine de musiciens, réunis en ronde et assis autour d’une table, jouent ce rythme envoûtant et caractéristique du samba. Leurs mains épuisées par la journée de travail s’agitent frénétiquement mais avec aisance sur des instruments parfois surprenants, cordes de type guitare et percussions diverses. Tous chantent, sans exception, des paroles reprises par l’ensemble des auditeurs, évoquant une communion mêlée de joie et de sueur. C’est avec le sourire aux lèvres que les musiciens et leurs auditeurs enchaînent, sans marquer de pause entre les chansons, plus de deux heures de musique entraînante et partagée, où chaque instrument tourne entre les mains de ces faiseurs de bonheur, où l’improvisation provoque exclamations et rires du public, où mes yeux et mes oreilles ont capté cette atmosphère si particulière et l’ont gravée à jamais dans ma mémoire.
Vous pouvez écouter ici un petit extrait audio de ce que fût cette soirée.
Que dire de la musique brésilienne, sinon qu’elle est forte et complexe, qu’elle anime les quartiers branchés et les favelas, qu’elle mélange influences africaines, européennes, indiennes, qu’elle rassemble ses habitués autour du partage? Qu’elle semble habiter chaque Brésilien, surtout, dans leur regard, leur démarche ?
LE style musical connu internationalement, c’est le samba, masculin quand on parle de la musique et féminin quand on évoque la danse éponyme. D’influences multiples mais surtout africaines, le samba est une musique au rythme binaire et syncopé, où les instruments de percussion, rythmiques, se mêlent aux cordes et aux voix qui assurent la mélodie.
Plusieurs styles de samba existent et coexistent, se mélangent si bien qu’il est parfois dur de faire le tri. Parmi les plus connus, vus et pratiqués :
- O samba de partido-alto : littéralement « de haut niveau » car pratiqué par les connaisseurs du genre, c’est le samba des maîtres, dont les paroles improvisées évoquent la réalité des favelas et de la pauvreté. Citons Moreira da Silva, Martinho da Vila et Zeca Pagodinho, grands maîtres du genre.
- O samba enredo : créé à Rio dans les années 30, ce style représente la chanson phare des écoles de samba, présentée chaque année au carnaval. Les compositeurs des écoles fixent par le texte de cette chanson le thème général choisi par l’école, influençant la dance et les costumes. Quelques écoles cariocas : Imperatriz Leopoldinense, Mangueira, Beija Flor, Vila Isabel, Portela, Viradouro, Unidos da Tijuca.
- O samba batucada : musique de percussion originellement jouée pendant les défilés du carnaval, la batucada est devenue, à partir des années 60 à Rio, un mouvement culturel d’ampleur, initié par les groupes de samba improvisant sur le rythme du batuque, rituel et musique de danse afro-brésilienne, qu’ils accélèrent, créant un samba plus rapide. On peut souvent entendre des batucadas lors d’occasions festives comme les matchs de football.
- O pagode : né à Rio dans les années 70, le pagode est un style plus commercial, associant des rythmes de percussion répétitifs et des sons électroniques à des paroles simples, traitant le plus souvent d’amour. Exemples d’artistes : Fundo de Quintal, Negritude Jr., Só Pra Contrariar, Raça Negra, Katinguelê, Patrulha do Samba, Pique Novo, Travessos, Art Popular.
- O samba exaltação : aux arrangements et paroles exaltant la thématique patriotique et nationaliste, elle est accompagnée d’un orchestre. Le plus bel exemple est Aquarela do Brasil de Ary Barroso, leitmotiv du film Brazil de Terry Gilliam.
Quelques instruments utilisés pour le samba : le surdo, tambour à deux peaux jouant le rôle de basse, le pandeiro, tambourin à cymbales retournées, le cuica, tambour de friction dont le son évoque un oiseau et est caractéristique du samba, le reco-reco ou guiro, tube de bambou dentelé, le cavaquinho, petite guitare à quatre cordes ressemblant à un ukulélé, et la guitare classique à sept cordes, qui n’a rien d’étonnant sinon qu’elle a sept cordes.
Le samba n'est évidemment pas seul : le choro, proche du tresillo cubain et laissant une grande part à l'improvisation, la bossa nova et ses maîtres Tom Jobim et Vinicius de Moraes, le forro... La culture musicale brésilienne, avec ses nombreux styles uniques mais aussi ses artistes de musique à l'oreille plus "occidentale", est riche. A découvrir sans modération !
Si vous vous intéressez à la musique brésilienne, comme au choro, au forro, à la bossa nova, je vous invite à découvrir les liens suivants :
Une base de données regroupant les informations sur le samba en France : où danser, les instruments, partitions et histoire : http://sambistas.online.fr/
Un forum très intéressant sur la musique brésilienne : http://bossa-nova.forumactif.com/index.htm
Un site qui regroupe les liens des pages web d’artistes brésiliens en quantité : http://thebml.com/
Un groupe carioca de tropicalisme/samba résolument moderne, Bondesom. A écouter : Vinte e sete : http://www.myspace.com/bondesom
Un grand merci à Luma Ramiro Mesquita pour son aide sur le sujet.
Thibault pour Globe Note Music