Chères lectrices, chers lecteurs,
Nous avons finalement mis les pieds sur la terre rouge du dernier pays, la Tanzanie. Nous sommes arrivés sur les pentes du Kilimandjaro le Samedi 18 Juillet, à Moshi. Nous avons été accueillis par William Raj, directeur de l’organisme Mkombozi avec lequel nous devions travailler. Il nous avait lui-même trouvé un logement chez un particulier qui nous accueillerait pendant les 3 semaines. C’était, il faut l’avouer, un peu petit et parfois un peu gênant de phagocyter l’espace de vie d’une famille tanzanienne, bien qu’elle ait une grande maison. Cependant ceci nous convenait car l’affluence de touristes et de volontaires dans la région a grandement fait grimper les prix des logements.
Elle était un peu timide, mais on a réussi à l’avoir la plus haute montagne d’Afrique !
William nous a quittés rapidement car, étant d’origine indienne, il allait passer trois semaines de vacances en Inde pour retrouver sa famille. C’est Simon, responsable des activités sportives et culturelles, qui a pris son relais et qui nous a invités à se rendre dans les locaux de l’association le lundi suivant pour commencer nos activités.
Après avoir pris nos marques chez notre hôte, nous avons ensuite découvert Mkombozi. On ne s’attendait pas à une structure aussi grosse et organisée ! Ils gèrent un orphelinat d’une soixantaine de garçons, mais s’occupent aussi d’enfants des rues d’Arusha et de Moshi, deux villes voisines.
Le bus consacré, entre autres, à la Non-Formal Education pour les gamins des rues
Mais ce qui « choqua » le plus les Globe Note, ce fut la préparation préliminaire à leur arrivée. Car après les tout-petits d’Argentine, les enfants en vacance du Pérou, les permis de l’armée indienne pour aller dans la Nubra et l’accueil par Happy Home Orphanage au Kenya (ils pensaient que nous étions 9 canadiens pour une mission de 3 mois !), on pouvait décemment s’attendre à quelque chose de similaire en Tanzanie. Mais là tout se passa bien ! Ils avaient parfaitement compris notre projet et avaient organisé des groupes de 12 enfants de 13 ans, provenant de Mkombozi et des écoles environnantes, pour un binôme de Globe Note, chaque atelier durant une heure en fin d’après-midi, chaque jour de la semaine. Ils s’en étaient tenus rigoureusement aux dossiers envoyés avant notre départ, ce qui ne manqua pas de nous étonner après tant de déboires. Ils avaient même réuni les permis nécessaires auprès du conseil municipal pour pouvoir intervenir dans les écoles.
Visite des locaux de Mkombozi
Alors que moi, Boris, je recherchais sournoisement quel genre de déconfiture aurait bien pu venir s’étaler sur la tartine Globe Note, strictement rien ne me venait à l’esprit ! Et pourtant j’ai de l’imagination que je décide de m’y mettre !
La cour de Mkombozi
Autant d’ellipses pour dire à quel point la nouvelle qui arrivait s’annonçait rude. Les ennuis sont venus d’un lieu qui jamais nous n’aurions suggéré. Paradoxalement cela aurait du nous effleurer au moins une fois, depuis le temps que les Globe Note font du volontariat, des concerts rémunérés et des manches dans la rue sous un visa de tourisme… Pour ceux qui ne voient toujours pas où je veux en venir, c’est le service de l’immigration tanzanienne qui nous a amené un des plus gros problèmes depuis le départ.
A tous ceux qui liraient ce blog et qui comptent aller faire du volontariat en Tanzanie, sachez que l’immigration vous demandera 120$ pour délivrer une autorisation en plus de votre visa tourisme à 50$. Et pour nous, dépenser 1200$ (oui, oui, 1200$ car moi, Boris, je ne compte pas )pour faire une activité altruiste dans un des pays qui en a le plus besoin, nous trouvons cela un peu fort quand même, d’autant plus qu’en fin de voyage les comptes en banque font vache maigre.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car en Afrique tout se négocie, même les choses officielles. On peut dépenser ce qu’ils appellent des « facilitation fees », expression qui m’a beaucoup fait rire intérieurement. Après négociation auprès d’un employé de l’immigration tout droit sorti d’un Parrain nous avons pu avoir un faux visa de travail pour 45$ par personnes. On se serait cru négocier dix kilos de farine de maïs chez le marchand du coin. Hallucinant pour nous petits Wazungu (Les Blancs en Kiswahili).Mais à partir de ce moment une autre discussion s’engage. Car on ne payait pas pour un permis officiel (ce dernier coûtant 120$ comme je l’ai déjà dit) mais nous payions pour avoir le droit de ne pas se faire contrôler par l’immigration. Sans compter les risques que cela implique, c’est, il ne faut pas avoir peur des mots, de la corruption et les 45$ par personnes, un pot-de-vin.
Premièrement, cette dépense reste excessive et deuxièmement, c’est moralement impensable. Nous avions déjà été confrontés à la corruption, endémique dans beaucoup de pays que nous avons traversés, mais c’est la première fois qu’elle s’abat sur nous de manière aussi virulente.
Le groupe était partagé entre le fait de payer un pot-de-vin et la déception de devoir quitter la Tanzanie sans ne pouvoir rien y faire. Un vote clarifia la position de la personne morale Globe Note, elle ne paye de pot-de-vin pour faire du volontariat. Alors quand les responsables de l’association en l’absence de William nous ont appelés pour nous dire qu’ils avaient négocié eux-mêmes la « facilitation fee » à 100$ pour le groupe, il n’y avait plus rien à faire bien que ce prix soit abordable.
Pour ne pas partir sans dire au revoir, Globe Note s’est intégré dans la Soirée des Artistes, qui se déroule chaque dernier samedi du mois à Mkombozi. Lors de cette journée les garçons de l’orphelinat peuvent s’exprimer sur la scène et les organisateurs invitent des groupes locaux à venir jouer. Et cette fois-ci, un groupe en particulier n’avait rien de local du tout. Globe Note a profité de l’occasion pour aller jouer quelques morceaux. C’est bien peu face à ce qui était prévu mais cela reste toujours mieux que rien.
Globe Note et Simon sur scène à La Soirée des Artistes
Quelques garçons de l’orphelinat
Le soir même, Globe Note avait un contrat dans une boîte de nuit locale, qui restera mémorable pour eux…mais je n’expliquerai pas le pourquoi du comment pour celui ci.
Après une semaine passée en Tanzanie, les 10 étudiants ont pris la route vers une destination que je maintiendrai secrète jusqu’au prochain article. Sachez juste que la Tanzanie leur a laissé une dernière frayeur avant de les laisser à son turbulent frère, le Kenya.
Une roue du bus qui transportait les Globe Note vers la frontière, arrachée par la vitesse excessive
En vous souhaitant de ne jamais avoir à affronter la corruption et les conducteurs de bus fous,
Boris