Le blog du projet Globe Note

jeudi 5 février 2009

La Paz - Allons nous vraiment quitter cette ville ?

La Paz, c'est un coup de coeur de tout Globe Note. A moins que ce ne soit le contraire, d'ailleurs !

En effet, il ne nous a pas fallu plus d'une journée dans la ville pour trouver suffisamment de contacts et ainsi :

- aller jouer mercredi soir au TTkos, un bar assez branché de la capitale.

- jouer le lendemain, parmi 12 autres groupes tous boliviens, pour la fete des 3 ans de présidence d'Evo Morales (Président de la Bolivie), devant plusieurs milliers de personnes, en direct sur la télevision bolivienne et retransmis le lendemain sur au moins 2 autres chaines boliviennes.

   

- jouer en direct le soir-meme sur Canal 33, autre chaine bolivienne, dans une émission dédiée à la Cumbia (ni nous ni les personnes qui nous ont invités à l'émission ne savaient ce qu'on faisait là, mais tout le monde était au final très content !)

- jouer dans un autre bar le meme soir

- jouer au Petit Quebec le lendemain midi, restaurant tenu par un quebecois, qui nous a tres bien recu ! Le respas etait tres bon, merci !

- enregistrer 6 morceaux dans un studio bolivien (CD "Evo-lucion", bientôt dans les bacs... au Pérou !)

- jouer pour la victoire du OUI au referundum pour la nouvelle constitution bolivienne le dimanche soir, à nouveau en direct sur la télévision bolivienne...

   

 

Mais La Paz, c'est aussi ses rues en pentes à plus de 3800m d'altitude, ses innombrables marchés (dont un marché aux sorcières spécialisé dans les foetus de lama séchés), son UTOP (Unité Tactique des Opérations Politiques, chargée de la protection des bâtiments et évènements politiques) qui avait ses quartiers près de chez nous et nous a fait rêver par son équipement hors du commun, ses agents qui se faisaient cirer les chaussures ou qui jouaient sur leurs téléphones portables.

 

Finalement, le plus dur a été de se forcer à quitter la ville... Nous avons été maintes fois invités à rester pour plusieurs contrats à l'occasion du carnaval bolivien, pour passer sur d'autres émissions de télé, pour jouer dans d'autres bars, ... Et Rémy a souhaité prolonger le séjour de quelques jours pour une visite de courtoisie aux médecins boliviens.

 

Cette ville nous a beaucoup réussi ! Nous laissons une petite empreinte de notre passage ici, via nos quelques passages télévisés... et via certains de nos morceaux enregistrés ici qui seront peut-etre diffusés en remix techno dans les bars et discotheques de la ville... On attend de voir ce que ça donne, mais le DJ qui nous l'a demandé a notre feu vert !!


Encore une ville où il faudra que nous revenions...


Edouard

mercredi 4 février 2009

Promenade dans la mine de Potosí

J'ai eu l'honneur d'accompagner les Globe Note lors de la passionnante visite de la mine d'argent de Potosí en Bolivie. Nous sommes donc partis avec un guide francophone et 6 uruguayennes quelque peu bruyantes (heureusement elles sont restées avec un guide hispanophone).
Le guide nous a menés jusqu'à l'entrée appelée La Morena et la suite devient alors moins classique.
 

En effet, fasciné par l'horreur stérile, froide et humide de la mine, j'ai tout simplement perdu le groupe. Oppressé par le silence si contrastant avec le piaillement des uruguayennes, je me mis à chantonner un air gai et entraînant en m'enfonçant toujours plus profondément dans les galeries, désespérément perdu.
Mon salut pris la forme d'un homme au visage buriné et d’un autre plus jeune, tous deux avec la joue droite gonflée par les 200 ou 300 feuilles de coca qu'ils conservent en continu pour lutter contre la faim et la fatigue.
Paco -le père- et Roberto -le fils- étaient au fin fond de La Morena à rechercher "le gros filon".
 

Quelques mots d'espagnol et surtout ma tête bien blanche leurs font comprendre ma situation dramatique mais ils veulent terminer leur tâche avant de rentrer, je dois donc les admirer préparer le prochain site à dynamiter. Ils sont avares de paroles mais quelques cadeaux de ma part (coca, cigarettes et alcool à 96°) leurs délient la langue.
Paco raconte:
« Je suis dans la mine depuis mes 15 ans, mon père a commencé à 13 ans et je n'ai pas vraiment connu mon grand-père. Mon fils, derrière, a 19 ans, mais il est juste là pour aider, je veux qu'il fasse des études […]. J'ai déjà 35 ans et d'après les vieux je n'ai plus que 10 ans à vivre, à condition d'éviter les nappes de monoxyde de carbone, les éboulements et les chutes dans les puits de 30 à 100m de profondeur. Je fais des offrandes à Tío* régulièrement pour éviter ces accidents. Mais il y a quand même un accident mortel par semaine. »
Il fit une pause pour lancer un caillou à son fils, qui le fourra dans un sac en caoutchouc.
«  Dans les parties basses il peut faire 45°C, on se rapproche du domaine du démon, c'est normal que Tío prenne sa part en vie humaine. Mais s'il pouvait m'épargner, ça me permettrait de nourrir ma famille, dit-il avec un sourire énigmatique. »
Voyant que son regard se perdait dans le noir au fond de la galerie, je décidai de le relancer :
« Vous arrivez à joindre les deux bouts avec votre salaire de mineur ?
- Tu sais, les mineurs n’ont jamais bien gagné leur vie, répondit-il. Au 16e, alors que Potosí était la ville la plus haute, la plus peuplée et la plus riche du monde, qu’on ramassait de l’argent pur à même le sol, les espagnols ont empoché les bénéfices de la mine. On dit qu’une telle quantité d’argent est arrivée en Europe qu’elle a crée le système du capitalisme. Avec le capitalisme sont arrivées les grandes corporations qui ont continué d’opprimer les mineurs. Maintenant que les filons sont rares et pauvres en argent, les corporations sont parties. Les mineurs ont du se regrouper en coopératives pour survivre. »
     Il fit une pause pour envoyer un autre caillou.
    « Il y a 6 mois nous étions 15000 en tout. Mais il y a comme une crise internationale d’après le chef de la coopérative. Alors nous sommes payés moitié moins et nous ne sommes plus que 5000. Je gagne 30 à 35 Bol.** par jour en fonction de la qualité du minerai. C’est toujours un salaire suffisant. Moi, je n’ai pas voulu quitter la mine pour aller travailler à la campagne comme les autres pendant la crise. Mais maintenant nous sommes si peu que nous travaillons seul ou par équipe de deux. En cas d’éboulement, il n’y aura personne pour nous sauver… »
Le silence, aussi lourd que l’atmosphère malsaine de la mine, s’installa durablement. Après quelques minutes, Paco et Roberto décidèrent de remonter leur sac de minerai, m’avouant qu’ils venaient de passer 15 heures d’affilées dans la mine pour pouvoir récolter assez de ce précieux caillou. Certains diraient « Travailler plus pour gagner plus ». Ce qui était un slogan dans un certain pays est une réalité affligeante en Bolivie.
Après avoir suivi un dédale de galeries dont je ne me serais jamais sorti seul, nous arrivâmes à l’entrée où Paco me montra une statue à l’effigie de Tío.
 

Je quittai les deux mineurs sans savoir quoi leur souhaiter de meilleur à venir. J’espère sincèrement que leur situation s’améliorera, j’ai entendu dire que l’actuel président bolivien, Evo Morales, fait beaucoup pour protéger les indiens et les travailleurs… Seul l’avenir le prouvera.

En rejoignant les Globe Note (et les uruguayennes…) j’eus la surprise de voir que le groupe n’avait aucunement remarqué ma disparition. Cela viendrait-il du fait que je ne suis qu’un personnage imaginaire ?

A tous ceux confortablement installés derrière leur PC dans leurs bureaux chauffés, je souhaite une agréable journée, sûrement plus agréable que celle de Paco de toute façon.

Borís

* Tío (litt. L’Oncle) est une divinité ressemblant au diable, imposée par les espagnols pour faire peur aux indiens et les obliger à aller dans la mine. Elle est finalement passée dans la tradition locale et c’est elle qui maintenant protège les mineurs.
** environ 3 à 3,5€