Les sanglots longs des violons de l’automne
blessent mon cœur d’une langueur monotone.

Bon d’accord, cette référence historique est un peu cheap. Car, excepté le débarquement sur un sol français, bien peu de choses nous rapprochent du D-DAY. Nous aurions bien aimé débarquer en étant parachutés sur Roissy-CDG tout en jouant nos derniers morceaux, mais ce me semblait être un poil trop théâtral comme arrivée. Nous préférerons une arrivée moins triomphale et qui n’inclurait pas l’intervention de l’armée française pour violation de l’espace aérien national. Nous passerons bien gentiment par la douane et quand les services sanitaires nous demanderons « Quels pays avez-vous visités ? », nous répondrons cordialement « Le Kenya uniquement ». Nous omettrons les pays précédents parfois infectés par la grippe porcine, parce que la quarantaine ne nous intéresse que très peu.

 
Neuf mois et demi, une durée symbolique, puisqu’elle ressemble à la durée d’une grossesse d’un beau bébé paresseux. Les Globe Note sortiront du ventre de l’avion pour ce qui pourrait s’apparenter sur un plan psychanalytique à une seconde naissance.
 
Si vous me permettez une allusion sérieuse-comique, tous les hommes ont envie de retourner dans le ventre de leur maman – on peut dire merci à Freud pour cette conclusion- mais il se pourrait que les Globe Note préfèrent retourner dans le ventre de leur avion.
(Je m’excuse d’avance pour les manifestations de dégoût engendrées par cette remarque.)
 
Quoi qu’il en soit, les nombreux expatriés rencontrés sur le chemin pourraient donner à certains d’entre eux le goût d’un « voyage » d’une toute autre nature, qui comprendrait un travail obtenu grâce à un diplôme fraichement délivré.
 
Mais avant de projeter trop en avant, il faut commencer par le futur proche. Je veux dire la réadaptation des Globe Note à un cadre de vie plus européen. Par exemple il faudra bien leur expliquer qu’il ne sert à rien de négocier son Big Mac avec la serveuse, qu’on soit un groupe de 5, 8 ou 10.
  
Attention aussi lorsqu’ils reprendront le volant ! Il faudra leur expliquer que klaxonner en continu ne sert à rien, qu’il y a des priorités autres que la loi du plus gros aux intersections et que Monsieur l’agent n’acceptera les 5€ qui, dans d’autres pays, auraient pu lui faire fermer les yeux sur un excès de vitesse.
 

<Normalement, ici, une photo du Cambodge>


Jusque dans votre propre maison, chers parents, il faudra expliquer à votre rejeton qu’il n’est pas obligé d’aller au cybercafé pour avoir internet et qu’il doit utiliser du papier toilette et non pas « faire à l’indienne » comme on dit entre nous. Je pense qu’il faudra leur réapprendre aussi que le but de la vie d’une épouse N’EST PAS de faire à manger pour son mari.
 
Si votre grand garçon vous dit qu’il peut se lever à 14h car la répétition est à 16h et le contrat à 19h et que de toute façon ce n’est pas son tour de faire à manger pour les autres aujourd’hui, ne vous étonnez pas ! Si votre fils, dès qu’il voit sa petite cousine de 8 ans, essaie de lui tendre des claves pour faire de l’éveil musical, ne vous étonnez pas ! S’il vous assure qu’un caleçon se garde une semaine d’affilée sans soucis, ne vous étonnez pas !
 
De toute façon je ne pourrai pas faire une liste exhaustive des petits changements culturels qui se sont opérés dans leurs têtes.
Par contre, et ceci vaut pour tout le monde, je peux d’ores et déjà dire quelles sont les questions à éviter pour ne pas trop déranger mes camarades. Il est par exemple inutile de demander quel pays il a préféré, à moins que vous soyez une jolie jeune fille et n’ayez rien trouvé de mieux pour l’aborder. Messieurs les papas, inutile de demander où trouver les plus jolies filles du monde surtout si votre femme est à côté (Boris, pour la paix des ménages). Et sachez que la question « Alors, c’était comment ? » risque de ne pas aboutir à grand-chose…
 
En tout cas moi, Boris, j’espère avoir diverti le peu de personnes qui lisaient ce blog régulièrement. J’espère aussi que mon apparition aura maintenu quelques parents éveillés la nuit en se demandant «  Mais qui peut bien être ce satané Boris qui les suit partout ?». Sachez que moi, Boris, je suis actuellement à Addis Ababa avec les Globe Note, dans une période de transfert entre deux vols. A l’heure où j’écris ces quelques lignes, nous sommes à 2h du dernier vol et à 10h de l’atterrissage en France. Cependant vous n’aurez pas le loisir de me voir arriver à  CDG-Roissy, car mon travail s’arrête ici même en la forme de ce dernier article.
Merci encore à toutes celles et ceux qui ont suivi, de près ou de loin, nos aventures. Votre soutien nous a encouragé, en particulier moi à écrire des articles qui n’ont souvent ni queue ni tête.


Boris
PS : Moi ? Une sortie de scène grandiose ? Vous hallucinez je pense…