Qu’avons-nous fait à Terr’ativa pendant trois semaines ?

L’association Terr’Ativa travaille avec une petite trentaine d’enfants de Morro de Fuba divisés en deux groupes. Chaque groupe est présent deux fois par semaine dans l’association. Pour réaliser nos ateliers d’éveil musical, nous nous sommes donc divisés en deux équipes de cinq personnes :
- La team manhana : Rémy, Rémi, Nicolas, Antoine et Matthieu
- La team tarde : Edouard, Thibault, Emmanuel, Perceval et Quentin
La première équipe s’occupait d’un groupe d’enfants le lundi matin et le mercredi matin tandis que la deuxième équipe travaillait avec l'autre groupe le mardi après-midi et le jeudi après-midi. Nous avions pour objectif de leur faire apprendre une chanson en français sur laquelle ils pourraient jouer avec des percussions fabriquées pendant les ateliers. De plus nous voulions leur faire apprendre une chanson commune aux deux groupes en portugais.
Les séances d’éveil musical :
Nous n’avons pas tous eu le même nombre de séances car le dernier jeudi (20 Novembre) était férié (journée de la « conscience nègre » au Brésil). Chaque équipe a réalisé la mise en place d’une chanson en français ainsi que la fabrication d’un instrumentarium. Tandis que la team manhana mettait en place « Elle descend de la montagne », l’autre team apprenait « Le lion est mort ce soir » aux enfants. Chaque team s’organisait de manière indépendante pour préparer les séances. Nous mettions en commun nos impressions et nos commentaires de fin de séance au cours de feedback, soigneusement préparés pendant l’heure et demi de transport qui nous séparait de Terr’Ativa.
Voici donc un petit résumé des cinq séances de la team tarde.
Résumé des séances :
Séance 1 : Premier contact avec les enfants : présentation des intervenants et des enfants. Premiers échanges en portugais avec l’aide de Fabio et Renata. Première confrontation à la barrière de la langue. Apprentissage du premier couplet de la chanson « Le lion est mort ce soir » en français avec la traduction en portugais et la prononciation en phonétique pour pouvoir lire le français. Jeu avec les instruments de l’instrumentarium pour apprendre à reconnaitre les sons.
Séance 2 : Répartition en petits groupes pour travailler le chant. Apprentissage du deuxième couplet du Lion sans trop insister car le premier couplet demande encore du travail. Fabrication d’instruments de musique : tambourins, guiros, claves, kazoo, maracas et bâtons de pluie.
Séance 3 : Première utilisation des instruments de musique fabriqués. Apprentissage de phrases rythmiques écrites pour le Lion et de la structure de la chanson (introduction, couplet 1, pont, couplet 2, pont). Répartition des enfants en petits groupes pour former les pupitres.
Séance 4 : Jeux sur la chanson et jeux sur le rythme. Premier essai chanson et percussions en même temps.
Séance 5 : Travail sur la chanson tous ensemble et en petits groupes pour mettre en place la totalité de la chanson. Jeux avec les enfants (machine infernale ; 1, 2, 3 soleil musical).
La fabrication d’instruments :
Chaque équipe a consacré une partie d’une séance à fabriquer des instruments avec les enfants. Une des exigences de Terr’Ativa était que le travail effectué pendant les six séances puisse être repris et que les enfants aient un souvenir de la venue des dix musiciens français. La fabrication d’instruments nous a semblé être une bonne solution pour, à la fois leur faire créer quelque chose et pouvoir nouer des liens un peu plus profond avec les enfants. Pendant la fabrication nous guidions chacun un petit groupe d’enfants pour créer les instruments et nous avons pu avoir un contact plus privilégié avec les enfants. Nous leur avons donc fait fabriquer leur propre instrumentarium. Sa composition est proche de celui que nous transportons avec nous : guiros, claves, kazoo, maracas, bâtons de pluie et tambourins. Si vous voulez réaliser vous-même les instruments, des fiches techniques résumant la fabrication se trouvent à la fin de l’article.
Nos impressions sur notre première intervention :
Chaque séance a été l’occasion de découvrir de nouvelles choses. La première séance a été un choc pour tous. Passé l’appréhension de se déplacer dans un quartier si pauvre et non recommandé aux étrangers, nous avons pu découvrir une communauté au cœur énorme. Les enfants étaient à peu près aussi timides que nous au début mais ça ne les a pas empêchés de nous accepter assez rapidement, de nous prêter attention et jouer avec nous au cours de toutes les séances. Nous sommes tous très content de cette première expérience. Nous avons le sentiment que ces trois semaines se sont vraiment très bien passées. Cependant nous avons encore beaucoup à apprendre sur le travail avec les enfants.
Nous avons clairement été limités par la langue. Que cela soit pour encadrer les enfants, pour leur faire comprendre les jeux et les exercices ou encore tout simplement pour apprendre à mieux les connaitre. La langue a été un facteur limitant. Nous aurions pu plus échanger sur leur quotidien et leurs habitudes en maîtrisant la langue. Cela ne nous a pas empêché de créer des liens forts mais les conversations restaient simples voir trop simples. Malgré cet obstacle nous avons quand même pu changer leur quotidien pendant ces trois semaines et les marquer à vie.
Nous aurions pu aussi plus en dire sur nous avec une meilleure maîtrise du portugais et mieux expliquer ce que nous faisons en France. Le
contact avec les gens de la favela aurait été aussi plus aisé et nous aurions osé plus que simplement se déplacer pour aller dans les locaux de Terr’Ativa. Nous avons tout de même pu en apprendre beaucoup sur la vie dans la favela et sur la vie de tous les jours dans cette communauté.
Les enfants nous ont fait partager un peu de leur culture en chantant en brésilien et en dansant devant nous. Cinq ou six séances seulement pour apprendre à connaître une dizaine d’enfants, leur faire apprendre une chanson dans une langue étrangère, leur enseigner quelques notions de rythme et tout cela dans une langue inconnue était tout de même un défi à relever.
Le trop peu de temps avec les enfants s’est fait ressentir surtout pour le travail de détail. En effet les enfants n’ont pas progressé à la même vitesse et avec plus de temps nous aurions pu porter une plus grande attention aux difficultés de certains. Les différences de niveaux en musique n’ont pas pu être comblées en si peu de temps.
Notons tout de même que tout le monde a beaucoup progressé au cours de ces cinq séances: les enfants et nous-mêmes. Les enfants les plus timides et les plus introvertis se sont lâchés tandis que ceux plus à l’aise ont aidé les autres. Les plus âgés et les moins timides nous ont beaucoup aidé au cours des ateliers pour reformuler nos explications en « vrai » portugais. Nous avons réussi à faire chanter tout le monde, même ceux qui n’osaient pas élever la voix au début.
Les ateliers nous ont vraiment montré que nous pouvions apporter quelque chose de concret aux enfants : musique, confiance en soi, écoute des autres, concentration, connaissance du monde et d’autres cultures... Les enfants avaient plus confiance en eux et en nous à la fin. Nous arrivions mieux à capter leur attention même au cours d’exercices difficiles. Je pense que avons réussi à les faire voyager.
Enfin cette expérience a été pour nous inoubliable. Le travail avec les enfants de la favela était dépaysant et nous espérons que nos prochaines rencontres seront aussi passionnantes. Encore un grand merci à Fabio et Renata de nous avoir soutenus au cours de ces trois semaines et d’avoir accepté notre intervention chez Terr’Ativa.
Découvrez nos Fiches techniques pour fabriquer les instruments
Remerciements

Un grand merci s’impose à toute l’équipe de Terr’Ativa pour votre accueil chaleureux. Nous ne pouvions rêver mieux comme première étape et comme premières rencontres pour notre tour du monde. L’appréhension due à notre première étape et à une mauvaise connaissance de la ville a disparu dès nos premières discussions. Merci aussi pour le temps que vous avez pu nous consacrer que cela soit dans la favela pour y faire nos premiers pas ou dans la ville pour y découvrir autre chose que les endroits à gringos. En trois semaines nous avons beaucoup appris et sans vous, notre vision de la culture brésilienne n’aurait pas autant évolué.
Beijos para voces. Beijos para todos
Quentin